Chercher l’information pertinente sur Internet, celle qui vous intéresse véritablement, revient la plupart du temps à « chercher une aiguille dans une botte de foin ». Comment vous y prendre pour organiser au mieux votre veille numérique ? Voici quelques pistes…

Pourquoi assurer une veille

# UNE POSTURE : la veille est avant tout une posture, par laquelle nous restons à l’écoute des pulsations, des ondulations que forment les conversations et les publications à la surface du web. Cela peut être valable pour un sujet donné ou plus particulièrement pour sa propre marque ou son propre nom : on parle alors de veille d’e-réputation.

# UN ÉLÉMENT STRATÉGIQUE : la veille est un élément stratégique incontournable d’aide à la prise de décision, d’appui au positionnement… Elle répond ainsi d’objectifs précis et mesurables.

# UN OUTIL OPÉRATIONNEL : elle assure une certaine force de réactivité inhérente au pilotage de plateformes digitales, et particulièrement sociales. Elle est le fondement de la pertinence de vos publications.

Passer de la curation de contenus à la veille

C’est un peu comme passer de la collecte à l’organisation, de la diffusion à la stratégie de contenus. La curation est une sorte de radar de surveillance sur la base duquel vous étayerez vos actions de communication, le positionnement de votre image, etc. Collecter est indispensable, mais la veille doit vous permettre de savoir quoi faire avec la masse d’informations que vous allez recueillir. Vous pouvez volontiers partager les résultats de votre curation, certains tout au moins, mais guère le fruit de votre veille, car il s’agit là d’un élément hautement stratégique pour votre service de Com’.

Il existe de nombreux outils de curation de contenus sur le marché, parmi lesquels :

  • Pearltrees : va vous permettre d’organiser votre banque de liens, de la partager, de la diffuser…
  • Storify : vous offre la possibilité de mettre en avant des informations émanant de différentes sources sous la forme de flux thématique par exemple. Il se prête fort bien à la présentation en mode chronologique (pour un live tweet par exemple, ou une journée de conférence…)
  • Scoop.it : est un outil qui combine curation et présentation de sa collecte. Le point positif est qu’il permet véritablement de développer le trafic autour de sa curation. Le point négatif est qu’il est centripète, c’est-à-dire qu’il renvoie toujours vers sa propre plateforme, ce qui force l’utilisateur à cliquer plusieurs fois avant d’accéder aux contenus…
  • Paper.li : est un (parmi tant d’autres) outil de présentation d’une curation par mots-clés ou thématisée, sous forme d’un journal.
  • Flipboard : permet d’organiser vos flux RSS et d’y accéder au travers d’un environnement graphique de type magazine.
  • De nombreux outils de cartes mentales ou de cartes heuristiques permettent également d’organiser visuellement, voire de partager, ses sources de curation.

La curation peut-être, par ailleurs, un vecteur social : de nombreux outils proposent de réaliser votre curation en mode collaboratif. Certains outils tels que Mention, Linky Dink ou Spundge permettent à différents contributeurs de s’allier pour co-construire une sélection d’informations plus efficace.

Le mythe de la veille omnisciente à l’heure du flux de données

Se tenir informé, en temps réel, de l’ensemble des informations publiées sur une thématique ciblée, revient à envisager la veille comme un véritable mythe de Sisyphe. Ouvrez simplement votre Time Line Twitter pour en être tout à fait convaincus : il vous faudrait rester branché (« connecté ») en permanence, les yeux continuellement rivés sur votre écran pour tenter de ne rien manquer, surtout pas l’information essentielle qui vous ferait basculer, si vous passiez à côté, dans les ténèbres abyssales du #OLD.
Je préconise naturellement d’adopter une posture décomplexée : le risque de passer à côté de l’information essentielle existe certes, mais plus elle est essentielle plus l’information occupe d’espace médiatique (c’est le principe de la « viralité »), et donc moins vous risquez de passer véritablement à côté. Le tout bien évidemment étant de disposer d’une veille bien ficelée…

Définir vos propres objectifs

Comme je le dis souvent sur ce blog, il n’existe de bons objectifs que ceux que vous avez définis. Inutile de rappeler ici que ces objectifs se doivent d’être SMART : Spécifiques + Mesurables + Acceptables + Réalistes + Temporellement bornés. Il en va de même pour la veille. Il existe différents types de veille qui répondent chacun à une approche différente de la stratégie que vous souhaitez mettre en place. Elle peut ainsi être :

  • d’e-réputation,
  • technologique,
  • concurrentielle,
  • institutionnelle,
  • d’usages,

A vous de mettre en place des indices qui vous permettront de mesurer l’efficience de votre veille. Personnellement, même si je définis des KPI pour ma veille, je reste convaincu que ses rouages doivent rester particulièrement agiles, sans cesse mobiles et réadaptés en permanence aux évolutions, au risque de trop verrouiller, de trop figer, et de devenir rapidement obsolète.

Collecter vos sources

Il s’agit ici de rechercher les sources d’information pertinentes pour votre veille. Cette phase répond d’un certain paradoxe : plus les sources seront nombreuses, plus vous disposerez potentiellement d’une masse d’information qui vous permettra de trouver celle qui vous est précieuse (…), mais plus vous risquez de vous y perdre. La bonne recette étant de trouver le juste équilibre, à force de tempérance, d’essais et de réajustements. Ces sources peuvent être issues le plus souvent de :

  • moteurs de recherche web : pour ma part, je couple la recherche avancée Google avec Google Alertes et j’obtiens un flux RSS des plus pertinents qu’il ne me reste plus qu’à intégrer…
  • recherches internes aux plateformes sociales : là encore, je récupère le résultat d’une recherche avancée de Twitter (qui est aussi un outil de curation…) que je passe sous forme de flux RSS. Une autre technique, dont je parlerai dans un prochain post, consiste à utiliser Tweetdeck pour consulter mes listes thématiques ou mes recherches avancées… Très efficace !
  • flux RSS : on considère trop souvent à tort que les fils de syndication de contenus sont 1.0 voire inutiles. Ils représentent à mon sens un outil particulièrement puissant permettant de collecter de grandes quantité de données et de les organiser, sans le moindre effort ! Ils symbolisent par ailleurs l’esprit de partage et d’ouverture qui font les fondements d’Internet.

Enfin, la collecte d’information relève selon moi d’un véritable savoir-faire, issu de techniques avancées en sciences de l’information (indexation, nomenclatures, classement et tri…), qui ont fait les riches heures des documentalistes et bibliothécaires. Savoir chercher est un métier qui s’apprend trop peu de nos jours, et risque de laisser les robots seuls définir et choisir les contenus de nos recherches. Consulter Google semble une évidence qui surpasse ces considérations, mais savoir trouver une information vraiment pertinente pour vous, même isolée, même inintéressante pour le Google Rank, n’est-ce pas là la nécessaire condition de la survie de la diversité ?

Choisir et organiser vos outils

La plupart des outils du marché fonctionnent selon le modèle freemium, familier des e-marketeurs : gratuit pour une partie des fonctionnalités (de base), payant pour des formules plus complètes. Il existe bien évidemment des solutions clé en main proposées par des agences spécialisées, mais nous proposons dans cet article une vision qui tienne compte des contingences budgétaires dont nous savons tou(te)s la réalité. Aussi, je ne parlerai que d’outils gratuits, tout au moins de services gratuits proposés par certains d’outils.

Selon moi, l’hybridation des outils demeure la solution la plus efficace. Quels outils en effet fonctionnent le mieux ? Cela dépendra de vos usages, de la facilité que vous aurez à les manipuler, de la maturité numérique de vos collaborateurs, de vos objectifs, de la combinaison que vous allez en faire… Il n’existe (hélas) pas de solution miracle et je ne vous conseille pas d’utiliser des solutions pré-formatée. Ce serait comme utiliser une machine de musculation qui ne serait pas adaptée à votre physionomie : vous risqueriez, au mieux, de n’obtenir aucun résultat, au pire, de gravement vous blesser…

Automatiser votre veille, ou pas ?

L’automatisation des informations est un sujet crucial en matière de contenus numériques. Je crois fondamentalement qu’un contenu engageant et véritablement de qualité ne peut être tout à fait le fruit d’une publication automatisée. Pourquoi, me direz-vous ? Parce qu’elle ne peut être que partiellement adaptée à la plateforme sur laquelle vous publiez, et parce que ce serait, à mon sens, en quelque sorte briser le « pacte de lecture » qui préexiste entre un éditeur de contenus et son lecteur. Et le visiteur de votre portail ou de votre profil social n’est pas dupe, il sait très bien détecter ce genre de supercherie. Or, le web social étant basé intrinsèquement sur l’idée de relation (« augmentée » en quelque sorte), les mots publiés par un robot pourrait être pris comme une forme de trahison et vous risqueriez d’en faire les frais…
Cela étant dit (vous avez bien senti l’introduction en forme de prétérition…), il peut demeurer fort utile de faire appel, avec intelligence, à des systèmes automatisés, pour divers usages :

  • Programmation des publications : de nombreux outils (Buffer…) permettent de programmer vos diffusions simultanément sur plusieurs plateformes, cette fonctionnalité étant désormais native au sein de chaque média (Facebook, Tweetdeck…),
  • Push d’alertes automatiques : un outil comme IFTTT vous permettra par exemple de compiler un ensemble important d’informations et de le recevoir par paquets, ou même de vous alerter au moment le plus opportun, facilitant ainsi votre pilotage,
  • Optimisation multi-outils : nous le verrons plus bas, mais chaque outil étant confiné dans son usage propre, il est intéressant de disposer de systèmes permettant de faire des passerelles entre eux, et ainsi de profiter pleinement de leur combinaison. Un exemple ci-dessous avec la recette IFTTT permettant de faire le pont entre Pocket et Buffer :

IFTTT Recipe: Pocket favorite to Buffer connects pocket to buffer

En guise d’exemple

Comme un exemple vaut mieux qu’un long discours, et sachant que ce post est loin d’être exhaustif, je vous propose un schéma de l’organisation de ma veille personnelle :

Un exemple de veille

J’importe mes sources de quatre façons distinctes : directement depuis les flux RSS de sites électionnés, via une requête avancée sous Twitter exportée en RSS, via des requêtes avancées paramétrées avec Google Alerts puis exportées en RSS, avec Yahoo Pipe lorsque je souhaite fusionner certains flux en un seul. Tout ceci est centralisé automatiquement dans Feedly. Dès le matin je compulse Feedly et j’exporte les posts que je trouve pertinents vers Pocket. Tout au long de la journée, si je souhaite relayer un article, je le mets simplement en favori, et IFTTT fait le travail : il l’envoie automatiquement (voir recette plus haut) vers Buffer pour diffusion. Dans Buffer enfin, en fonction des médias sur lesquels je souhaite communiquer (et en fonction des horaires d’engagement de ma communauté), je publie ou je programme les publications de la journée.

Alors sans m’étendre davantage, je vous indiquerais simplement que j’utilise en parallèle d’autres techniques, notamment sous Tweetdeck, ce qui fera le sujet d’un prochain post. N’hésitez pas, si besoin, à me posez vos questions en commentant ce post.

Pour finir, j’ajouterais deux éléments qui me semblent important de vous communiquer. Bien garder à l’esprit qu’un des écueils principal en matière de veille réside en la création de doublons, chronophages et désorganisateurs à souhait. Diversifier ses techniques, certes, mais ne pas dupliquer les sources pour rester maître de ses contenus. Enfin, côté pratique, je choisis toujours des outils qui disposent d’une appli mobile efficace, ce qui me permet de gérer ma veille en mobilité, à n’importe quel moment de la journée.

Pour aller plus loin…

N’hésitez pas à réagir à ce post et à nous faire part de vos pratiques de veille 🙂