La plupart des porteurs de projets se sont posé la question un jour ou l’autre : dois-je engager une campagne de CrowdFunding, pour recueillir des fonds ? Synthèse des bonnes pratiques à connaître avant de vous lancer !

Avec chaque jour une plateforme nouvellement créée à travers le monde, le CrowdFunding n’est plus un phénomène de mode. Les fonds collectés ont doublé depuis 2014, pour un marché global de près d’1 milliard € collectés en France (entre 2013 et 2015) ! En cette période de disette budgétaire et de rationalisation des coûts, le CrowdFunding peut s’avérer une excellente solution de financement pour qui saura éviter certaines erreurs.

Le crowdfunding, kezako ?

# Définition

Le Terme CrowdFunding vient littéralement de l’anglais Crowd « la foule » et Funding « le financement », signifiant ainsi un mode de financement par la foule (cqfd). En français, on utilise plutôt le terme de « finacement participatif ». Ce qui implique 2 notions majeures : tout d’abord celle de masse des investisseurs mais aussi le fait que vous ne les connaissiez pas forcément tous à priori; le français quant à lui introduit une notion supplémentaire : celle d’une forme de solidarité collective. Ce qui se situe d’emblée à l’opposé du contact quasi univoque que vous pouvez avoir avec votre banquier-chargé-de-clientèle.

Vous pouvez donc décider d’avoir recours au financement participatif pour tous types de projets : culturels, solidaires, associatifs, d’entreprise… Cette levée de fonds peut intervenir à toutes les étapes de votre projet : en amont comme levée principale, dans un second temps pour dynamiser votre développement ou lorsque votre projet est solide et rentable et que vous souhaitez solliciter des actionnaires. Nous restons donc bien ancrés dans l’univers des transactions financières et de l’investissement dont nous verrons plus bas les différents modes.

# Historique

Le CrowdFunding se base sur des principes de financement bien antérieur à Internet. Les avancées technologiques et culturelles du web ont bouleversé le rapport entre les individus : désormais une personne peut échanger un grand nombre d’informations avec un très grand nombre d’individus sur la planète (via les blogs ou les réseaux sociaux par exemple) sur le principe du peer-to-peer. Pour un porteur de projet, cela permet très clairement d’embarquer un plus grand nombre d’acteurs dans son aventure. Par ailleurs, le développement de nouvelles formes de pratiques collaboratives ont permis de faire émerger des pratiques sociales particulièrement structurantes en matière d’échange et de partage. Là où les œuvres caritatives utilisaient ce champ d’action depuis bien longtemps, désormais chaque entreprise, chaque initiative individuelle peut s’appuyer sur la communauté pour mettre en place son projet.

En 2007 MyMajorCompany lance son activité en France et devient ainsi la 1ère plateforme de financement participatif du territoire. Initialement la marque était exclusivement un label musical (on se souvient du lancement de l’album de Grégoire en 2008) : en soutenant un album, le contributeur reçoit « un pourcentage des futurs revenus générés par l’exploitation commerciale de l’album, au pro-rata du montant de sa contribution ». Aujourd’hui, la plateforme a diversifié ses domaines d’actions (spectacle, jeux vidéo, innovation, BD, cuisine, mode…) et affiche plus de 500K membres pour 21M€ collectés.

Crowdfunding du projet Open Toys sur Kickstarter

Autre date marquante, c’est incontestablement l’entrée sur le marché français du leader du Crowdfunding US KickStarter en 2014. Cet événement n’est pas pour rassurer les deux principales plateformes françaises que sont KissKissBankBank (+17K projets financés par +700K membres, pour +38M€ collectés) et Ulule (+10K projets financés par 850K membres, pour près de 40M€ collectés). De très nombreux porteurs de projets se sont déjà emparés de cette nouvelle opportunité, à l’instar du projet « Open Toys » (la cohorte de petits légumes juste au-dessus ↑) lancé par le Fabshop, entreprise spécialisée dans l’impression 3D fondée par le malouin Bertier Luyt. Pour faire face au risque d’agrégation de l’offre dans le long terme, les plateformes devront diversifier leurs services et faire preuve d’imagination pour sortir du lot. C’est le cas de la jeune plateforme bretonne Gwenneg (11 projets financés par +1K membres, pour +70K€ collectés) qui joue la fibre locale et solidaire avec une démarche visant à « soutenir le développement et l’emploi en Bretagne ».

Comment ça marche ?

Les principes du crowdfunding

# 3 types de participations

  • Sous forme de DON avec ou sans contrepartie : l’investisseur donne simplement, comme pour une association caritative par exemple, ou peut obtenir une modeste contrepartie en retour. La plupart du temps, il s’agit de recevoir le produit en avant première ou de rencontrer le créateur, ou de recevoir quelques menus avantages qui visent essentiellement à montrer que le contributeur est quelqu’un de singulier auquel le meneur de projet est particulièrement attentif.
  • Sous forme de PRÊT : il s’agit là d’une démarche plus classique, ou la plateforme de crowdfunding fait office de banque avec captation (ou non) d’intérêts et échelonnement des remboursements. Les principaux intéressés par ce type de financement participatif sont les entreprise.
  • Sous forme de participation au capital, prise d’intérêts sous forme d’ACTIONS : dans ce cas l’investisseur acquiert une participation dans le capital de l’entreprise, un peu comme le ferait un Business Angel.

Bien que le crowdfunding sous forme de don soit le plus connu et le plus utilisé, les financements participatifs peuvent également couvrir des pratiques que l’on peut trouver par ailleurs, avec l’avantage du modèle coopératif, à l’instar des SCOP par exemple.

# Quelques chiffres

  Nombre de projets Montant collecté Montant moyen Durée moyenne Taux de succès
DON 10 444 39 M€ 3 750 € 34 J 51 %
PRÊT 348 20 M€ 58 483 € 19 J 81 %
ACTION 103 36 M€ 347 027 € 214 J 67 %
Données : entre 2013-2015 — Source : Observatoire du CrowdFunding / BPI France

Une écrasante majorité des projets sont financés sous forme de dons, en dépit d’un taux de succès relativement faible (44% en moyenne) ce qui correspond probablement à l’idée que l’on peut se faire des principes collaboratifs : solidarité, charité, implication au sein de projets locaux à petite échelle… Les financements qui fonctionnent d’ailleurs le mieux sous cette forme concernent les projets culturels et sociaux : 52% de réussite en moyenne pour un capital collecté autour de 3300€ par projet.

Répartition des dons par types de projets

graphique répartition des dons

Les principales plateformes

Pour paraphraser Confucius, « une image valant mille mots », ce mapping illustre les principales plateformes correspondant à chaque type de CrowdFunding :

principales plateformes de crowdfunding

Vous aurez compris que l’élément différenciant, dans le choix de la plateforme, repose sur le taux de succès, qui permettra d’attirer (ou non) de futurs investisseurs et porteurs de projets. Là-dessus il faut encore raison garder, car si certaines plateformes sélectionnent manuellement les projets, la plupart sont gérés par des algorithmes, dont le but avoué est de viser une rentabilité par le traitement de masse.

Les valeurs d’un CrowdFunding efficace

Communiquer sur son crowdfunding
Nous nous intéresserons ici particulièrement à la participation sous forme de don. La première des valeurs à mettre en avant est certainement la confiance. Fondement de toute relation business-client, encore plus sensible a fortiori lorsqu’il s’agit de financement, votre projet doit avant tout rassurer vos futurs investisseurs : indiquez de manière intelligible qui vous êtes, votre parcours, ce que vous attendez des investisseurs.

Vous gagnerez ainsi en transparence, en indiquant clairement ce qui sera fait du capital collecté et quels seront leurs « bénéfices ». Généralement il est de bon ton d’échelonner les contreparties en fonction du montant investi, en indiquant explicitement et de manière croissante que leur bénéfice sera à la hauteur de leur engagement.

Enfin dernier élément incontournable pour un crowdfunding, est l’art de créer du lien, de valoriser le local et les circuits courts, mettre en avant les dynamiques de territoire sous-jacentes à votre démarche et ce que les investisseurs permettront concrètement de valoriser : non seulement pour votre projet, mais bien plus encore à leur échelle (pour leur village, pour leur réseau, pour leur école, pour leur cadre de vie…).

Anticipez & structurez votre communication

# Anticipez

Il y a bien un avant du CrowdFunding, indubitablement. En amont de votre campagne de financement il doit y avoir de l’existant, du palpable. Votre activité doit déjà être en marche et être identifiée (voire reconnue) par votre communauté, votre produit doit être prototypé et orienter concrètement vos objectifs. Sans cela, auprès de qui pourrez-vous solliciter une participation ? Auprès de quel réseau recherchez-vous le bouche-à-oreille nécessaire à la propagation de votre projet ? Anticipez également en terme de communication et portez une réflexion en amont sur les « donnés à voir », les productions, les prototypes, les réalisations, les partenaires (…) qui valoriseront votre projet.

# Élaborez une stratégie de moyens

Il s’agit ici de s’organiser et de se fixer des objectifs. La toute première question à se poser est celle de la somme à collecter : soyez à la fois rationnels, ambitieux et réalistes, et n’oubliez pas que les investisseurs eux sont pragmatiques (même si vous usez la corde de l’émotion). Pour vous aider à calibrer votre pécule, voici deux graphes récapitulatifs des tendances actuelles : notez bien qu’il s’agit là de moyennes à envisager comme base de travail, mais qu’il est nécessaire d’affiner spécifiquement à votre étude. Bien évidemment il est préférable, si l’on se fixe des critères simples, de se rapporter aux binômes (succès,somme collectée) les plus hauts sur ces graphes, tout en sachant que votre projet est unique et qu’il faudra clairement adapter.

Données : entre 2013-2015 — Source : Observatoire du CrowdFunding / BPI France

# Élaborez une stratégie de contenus

Avant tout il s’agit d’une rencontre entre votre projet, votre personnalité, et votre audience, vos futurs contributeurs. Les contenus que vous allez proposer sur (et autour de) votre profil de CrowdFunding devront mettre en scène cette relation. La façon la plus efficace de tisser ce lien est de raconter votre histoire, celle de votre parcours qui vous a fondé, mais aussi celle de cette idée qui s’est concrétisée en projet, et surtout de celles et ceux qui participent de près ou de loin à sa réussite. On retrouve un excellent exemple de cette mise en mots dans la campagne « Les P’tits Doudous » (Hôpital Sud, CHU de Rennes) menée par Nolwenn Febvre, infirmière anesthésiste. Une campagne basée clairement sur le vecteur émotionnel (et quelle émotion !), qui se prête honnêtement et sincèrement à la réalité du projet : soutenir les enfants qui s’apprêtent à « subir » une opération chirurgicale. Ce projet s’est densifié avec le temps (une appli mobile, des kits de « serious gaming » et récompense, du recyclage en local, du soutien aux structures hospitalières), et a su saisir une communauté croissante et de plus en plus impliquée, jusqu’à la campagne de financement participatif qui a ainsi atteint près de 150% de ses objectifs ! Un bien bel exemple de réussite, et breton qui plus est ^^

# Mobilisez votre communauté

Vous l’aurez compris, une grande partie de votre réussite est basée sur votre capacité à mobiliser et engager votre communauté. À la croisée des pratiques collaboratives et des réseaux sociaux, il devient indispensable de viraliser votre projet pour maximiser vos chances de réussite. Comment faire me direz-vous ? Voic quelques principes basiques, afin de vous donner quelques repères :

  • Ne vous précipitez pas vers l’appât d’un gain qui vous paraîtrait sans trop de risque, en mode gambler fou,
  • Prenez le temps de définir clairement vos objectifs pour votre produit / service, mais ausi en terme de communauté,
  • Calibrez raisonnablement votre ambition de collecte, afin de rester connecté avec vos futurs investisseurs,
  • Établissez un lien de confiance, en toute transparence et intégrité, et détaillez votre projet de manière concrète et intelligible,
  • Définissez des contreparties équitables, valorisantes et engageantes,
  • Restez constamment à l’écoute de votre communauté et participez à toutes actions qui vous permettront de relayer votre message (conférences, rencontres, ateliers, forums…),
  • Entrez en conversation quotidiennement avec elle, réagissez et sollicitez leurs avis (feedbacks, retours d’expérience…), rencontrez-la aussi fréquemment que possible,
  • Tenez-la informée à chaque instant des évolutions concrète de votre projet : utilisez au maximum les réseaux sociaux en diversifiant les médias utilisés (photos, vidéos…),
  • Utilisez tous les leviers viraux à votre disposition pour augmenter l’effet boule-de-neige,
  • N’oubliez pas de la remercier lorsque vous passez une barre symbolique, en terme de volume de communauté, ou de taux de financement atteint !

Pour chacune de ces étapes, si vous ne vous sentez pas de mener votre projet au petit bonheur la chance, n’hésitez pas à le confier à un professionnel qui saura vous accompagner au mieux dans votre démarche 🙂

Alors, et vous, quand est-ce que vous vous lancez ?

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