Le Forum Cap’com 2015 est particulièrement ouvert sur les innovations de contenus. J’ai eu ainsi l’occasion de tester pour vous le son immersif (binaural) autour d’un atelier proposé par Radio France.

Je ne vous cache pas que, bien qu’ayant déjà entendu vaguement parler du « son binaural », j’ignorais totalement dans quelle expérience je m’apprêtais à embarquer. Radio France, visiblement réjouie de pouvoir nous présenter ses dernières innovations en matière de sonorisation, nous a réservé un accueil particulièrement chaleureux. Je m’installe donc, devant moi un casque audio standard branché simplement à un ordinateur portable connecté à Internet. Hervé Dejardin, ingénieur du son et responsable pour le développement du son multicanal et binaural à Radio France nous guide…

Un peu de technique

Son binaural immersif 3DTout d’abord, le terme « binaural » renvoie aux « perceptions auditives engendrées par une stimulation simultanée des deux oreilles » (Larousse). Il est en quelque sorte aux oreilles ce que la stéréoscopie est aux yeux : un dispositif corporel natif à tout être humain.

Cette prédisposition qu’à notre cerveau à capter puis à traiter les informations auditives varie selon chacun de nous. Concrètement cela dépend de la distance — variable selon chaque individu — entre les deux oreilles. C’est le cerveau qui module les informations et les adapte sans cesse (un peu comme l’oreille interne régule notre équilibre) afin de garder la plus grande compréhension possible de notre environnement auditif.

Derrière les technologies de captation, sans cesse évoluant et se perfectionnant, se révèle la retransmission, sans cesse plus fidèle, de notre espace sonore ambiant. Le son binaural permet « reproduit l’espace sonore depuis 360° en horizontal jusqu’à l’ensemble de l’espace tridimensionnel ». Le format d’écoute actuellement adopté est le 5.1 qui permet de définir « un périmètre déterminé par 5 points d’écoute ».

Hervé Dejardin nous propose alors de mettre notre casque d’écoute pour un petit essai sonore…

Plongée dans l’intime


L’écoute binaurale, encore expérimentale, « permet de restituer, par le biais d’un simple casque audio stéréo un son en 3D », enveloppant, dans lequel l’auditeur est baigné, pleinement immergé dans un univers sonore. Après quelques tests de réglages du son en fonction de notre morphologie propre (voir plus haut) nous voilà fin prêt(e)s. À noter que Radio France travaille en ce moment avec Orange Labs (et c’est en Bretagne que cela se passe \^_^/) sur une adaptation automatique du son binaural à notre morphologie : des capteurs 3D scanneront notre visage et iront directement rechercher le calibrage binaural qui nous convient le mieux au sein d’une base de données de profils prédéfinis.

Le son, probablement plus encore que l’image, revêt une dimension suggestive extrêmement puissante et envahissante, qui laisse libre court à notre imagination. Nos sensations sont aux aguets et l’impression, quasi instantanée, de se transposer dans une autre réalité physique hyper-réaliste est véritablement prégnante. L’écoute est de l’ordre de l’expérience intime, du vécu, et même simplement basée sur de courts extraits, elle révèle d’emblée son potentiel.

Une innovation de contenus


Radio France convoque les utilisations du son binaural en tant que vecteur d’écritures transmédias. Ces technologies représentent en effet à leurs yeux une innovation de contenus très forte, mue par un vif intérêt sémiotique et créatif. Indéniablement, le son binaural renforce l’immersion de l’auditeur dans le récit en sollicitant son imagination ainsi que tous ses sens. Je vous laisse imaginer la puissance de suggestion d’une scénographie sonore ou d’une fiction radiophonique écoutée en son binaural, et votre implication physique dans le récit. De même, pour les territoires, autour d’expériences culturelles ou patrimoniales par exemple…

Un exemple particulièrement frappant est sans conteste l’expérience du jeu « A Blind Legend », sorti en octobre dernier. Téléchargez l’appli mobile (iOS et Android) et enfilez votre casque audio pour incarner un chevalier aveugle dont le parcours est semé d’aventures. Guidé simplement par votre ouïe, vous devrez affronter les moult périls qui entraveront votre route…

Toujours côté contenus, il semblerait que Youtube soit en train de travailler sur une solution alliant vidéos 360° et son binaural, vraissemblablement à faire coïncider avec ses offres liées à Google Cardboard. De plus, la plateforme vidéo envisagerait de proposer un service permettant de réaliser soi-même des sons binauraux : à suivre donc…

Perspectives des applications pour le web


Les applications des technologies de son immersif sont prodigieuses, notamment dans les domaines du cinéma, de la musique, du jeu vidéo et bien entendu de la réalité virtuelle. La start-up 3DSoundLabs vient en ce sens de sortir un casque spécifiquement adapté aux sons binauraux, afin de vous offrir une expérience encore plus immersive. En effet, ce casque intègre un système synchronisé en temps-réel qui fait en quelque sorte le travail d’adaptation à l’environnement 3D que votre cerveau ajuste en permanence.

Naturellement, les débouchés en matière de Réalité Virtuelle ou de vidéos 360° sont particulièrement enthousiasmants. En effet, la complémentarité de ces deux technologies permettra prochainement une nouvelle forme de contenus hybridés, sollicitant à la fois la vue et l’ouïe ! Quant au passage sur les Internets, rien de plus simple ! Ces deux technologies sont d’ores et déjà parfaitement adaptées pour le web (en termes de transfert de données, de débit, de compression…). De surcroît elles s’avèrent particulièrement peu gourmandes en termes de matériels nécessaires (un smartphone avec CardBoard ou casque Gear VR, un ordinateur relié à Internet, un casque audio standard…). Cette prédisposition laisse augurer de belles expériences de streaming transmédia, encore plus riches de contenus immersifs ! Nul doute que Radio France saura en tirer son épingle du jeu…

Pour aller + loin