Pour sa 5e édition et pour la 1ère fois installée au Couvent des Jacobins à Rennes, la Digital Tech Conference a fait la part belle cette année à l’intelligence artificielle et à la créativité !

Je vous propose ici un aperçu tout à fait personnel de cette riche journée. Mon intérêt s’est naturellement porté sur l’IA et la créativité, particulièrement concernant les mythologies et les imaginaires mobilisés ainsi que les enjeux économiques et de pouvoirs. Une bien belle journée pour donner à voir & à penser !

Art, technologie & urgence climatique

Joanie Lemercier, Contellations

Joannie LEMERCIER, artiste visuel international, a ouvert le bal avec panache ^^ Après avoir présenté son parcours, depuis les mappings projectifs monumentaux jusqu’aux illusions d’optique, il a évoqué son nouvel axe de travail : « sortir de l’écran » ! Au travers de son projet Constellations il remplace l’écran par une légère brume, un masque d’eau, sur lequel il vient projeter les images. Dans la digne lignée des traditions fantasmagoriques du XVIIIe-XIXe siècle, il a gratifié le public de la DigitalTC d’une impressionnante performance en direct, pendant laquelle il a manipulé des images, simplement grâce à ses mouvements, sur un immense écran transparent ! Tout en finesse et poésie… Et d’invoquer conjointement la futilité de tels dispositifs en regard de son engagement contre l’impact écologique des technologies.

Mythes & légendes de l’intelligence artificielle

Jean-François GOUDOU, VP Research chez Meero, a mis en perspective dans la première partie de son exposé les imaginaires persistants autour de l’intelligence artificielle, basés sur la création d’un alterego à l’humain. Et si l’on parle autant de l’IA aujourd’hui, ce n’est que d’une partie de l’IA dont il est en fait question, celle de l’apprentissage, qui est particulièrement efficace « dans son contexte », et totalement inepte en-dehors.

Les technologies des années 80 permettaient une performances en reconnaissance algorithmique d’objets à peu pres comparable à celle d’un humain. Mais sans aucune conscience de ce qu’elle traite ! L’IA est, aujourd’hui encore, l’équivalent d’un tournevis : parfaite dans son contexte.

De poursuivre sur les propositions de la startup en matière de traitement photographique ou sur l’accompagnemetn au changement au sein des équipes.

IA, Machine learning et Deep Learning : démêlons les concepts !

Elisa FROMONT, professeur d’informatique à l’Université de Rennes 1 et membre de l’Institut de recherche en informatique et systèmes aléatoires (IRISA), a monté le niveau d’un cran ! En effet, elle nous a plongé dans les soubassements à la fois mathématiques, technologiques, mais aussi mythologiques, de l’intelligence artificielle. Elle a tout d’abord rapelé la distinction entre IA « faibles », qui peuvent paraître fortes (Alpha Go, pilote voitures autonomes…), et IA « fortes », qui ne sont à l’heure actuelle que pure sciences fictions : HAL (2001 l’Odyssée de l’espace, 1968), Cylons (Galactica, 1978), Terminator (1984), C3PO / R2D2 (Star Wars, 1999 bien que cela me semble encore plus ancien…), IA (Spielberg, 2001), I Robot (2004)…, Samatha (Her, 2013), Ultron (Avengers, 2015), Replicants (Blade Runner 2049, 2017), etc.

Il faut distinguer l’intelligence artificielle « forte », générale ou universelle (qui serait polyvalente, voire consciente d’elle-même), et l’intelligence artificielle « faible » ou « étroite » (spécialisée dans une tâche précise, sans conscience d’elle-même). Seule l’IA « faible » existe réellement de nos jours alors que l’IA « forte », outre le fait qu’une telle entité n’est peut-être pas souhaitable, est encore hors de portée (source : Univ. Rennes 1)

De rappeler par ailleurs que l’IA est une science, qui comprend entre autres disciplines le traitement des langues naturelles, ou les représentations de la connaissance & du raisonnement raisonnement…

Pour nous présenter ensuite l’apprentissage automatique (machine learning), sous-domaine de l’IA qui utilise les données (notamment au travers d’algorithmes de classification ou de prédiction). Cette forme d’apprentissage distingue plusieurs paradigmes : l’apprentissage supervisé (classification ou supervision) / non supervisé (trouver une structure dans un ensemble de données) / par renforcement (apprendre).

Pour vous donner une idée de la richesse des sujets abordés, je vous invite à visualiser la vidéo de son intervention pour l’UBS.

Éthique et IA

En dépit de la qualité de la présentation de Judith MEHL (Ethik-IA), je reviendrai ici exclusivement sur la partie qui m’a le plus intéressée : celle de Thibault DE SWARTE, enseignant-chercheur au Département Systèmes Réseaux Cybersécurité & Droit du Numérique à IMT Atlantique.

L’éthique de l’#IA est post-kantienne dans la mesure où elle n’accepte pas l’opposition entre les sciences sociales et l’informatique ou les sciences de l’ingénieur.

Il a pu dresser, sans avoir le temps de développer les nombreuses ramifications de son intervention, 5 pistes principales :

  • 1/ Éthique en contexte : une « approche néo-confucéenne holistique » (en Chine) : conformisme politique, contrôle social des citoyens, systèmes top-down de notation des individus, l’IA comme Big Father (progrès éco au détriment des mibertés individuelles)
  • 2/ Drones de combat
  • 3/ Robots compagnons : (dev au Japon pour favoriser le maintien à domicile des pers. dépendantes) humanoïdes
  • 4/ Train
  • 5/ Mobilités du futur

La généralisation de la reconnaissance faciale est-elle inéluctable ?

Sympathique et cordial débat, entre Amine KACETE (IRT Bcom) et Xavier COADIC (Biohacktiviste). Le premier a présenté les investigations de la recherche en matière de reconnaissance faciale, particulièrement la détection de visages, l’analyse d’attributs du visage, l’analyse d’émotions et la vérification d’identité. Petit passage également par quelques usages détournés de l’IA, tels que les deepfakes. Le second a mis en perspective les principes de surveillance et de sousveillance que peuvent faciliter ces technologies, particulièrement dans le traitement de photo et de vidéo dans l’espace urbain.

L’IA retisse la trame de la société : quelles conséquences éthiques ?

Là encore, Jean-Gabriel GANASCIA, président du comité d’éthique du CNRS et professeur au LIB6 de l’université Paris-Sorbonne, a assuré une intervention particulièrement dense (en lien avec son ouvrage « Le mythe de la singularité »).

L’intelligence artificielle répond selon lui de 3 definitions :

  • Historique : discipline scientifique de recherche née 1956, inspirée par les sciences cognitives
  • Recherche d’applications : tirer partie des techniques qui permettent de mieux comprendre l’intellignece (simulations cognitives) : web, robots, végicules autonomes, biométrie, vision, reconnaissance de la parole, traitement et compréhension des langues naturelles…
  • Réactivation de mythes de transgressions : Galatée & Pygmalion (Antiquité), le Golem de Prague (XVIe), les Andréïdes (XIXe, Villiers de l’Isle-Adam). Le 1er robot date de 1920, et il est intéressant de noter l’étymologie du terme : rob = « esclave » en tchèque


Son concept majeur repose sur ce qu’il appelle la singularité technologique. Il s’agit d’un point au-delà duquel le progrès technologique s’accélèrerait de manière exponentielle, bien au-delà de la capacité que nous avons à le comprendre et le prévoir. C’est au-delà de ce point que se situerait l’IA forte, qui lancerait l’avènement du transhumanisme.

Toutefois, les opportunités de ces changements technologiques sont selon lui nombreuses :

  • réingénierie des objets quotidiens : montres qui proposent d’autres fonctionnalités… (lunettes, bracelets, bicyclettes, chaussures, stéthoscope… aux fonctionnalités augmentées)
  • applications d’apprentissage : reconnaissance des formes (parole, faciale…), médecine (ophtalmologie, cancer du sein, cardiologie…)
  • humanités numériques : ex. Balzac VS Balzac « boucle », vision statistiques Corpus VS Corpus

Enfin, fondamentalement, ces opportunités entraînent un changement profond de société :

  • réontogisation : « évolution des notuons qui font la trame du tissu social » ex. Amitié Éthique à Nicomasue VS Facebook … slide
  • fausses peurs : « disparition » du travail VS transformation non pas des métiers mais de notre appréhension de nouveaux modes de travail (automatisation…)
  • nouvelles vulnérabilités (cambridge analytica, infox…)
  • vrais dangers : vie privée, responsabilité dans la prise de décisions…

Symphonie urbaine de Rennes

Le Studio Playtronica a conclu la journée en musique, sur une scénographie qui n’est pas sans rappeler 16 Pineapples, mais où les ananas ont été remplacés par des bras ! Le tout au rythme de sons enregistrés dans la ville de Rennes. Une technologie basée sur le principe du MakeyMakey et qui donne à entendre la ville sous un angle tout à fait original ^^

« Music should be holostic ! » – Sasha Pas

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